La forêt de Saint-Germain-en-Laye, écrin vivant du pavillon de La Muette

On l’appelait jadis « administration des Eaux et Forêts », c’est aujourd’hui l’Office National des Forêts qui gère les forêts domaniales, départementales et communales de France. Directeur de l’agence ONF Ile-de-France Ouest, Michel Béal partage sa passion pour ce patrimoine immémorial, soumis aux aléas de l’histoire et du climat.

Michel Béal, Directeur de l’agence ONF Île-de-France Ouest

Quelles sont les particularités de la forêt de Saint-Germain ?

Michel Béal : Comme la plupart des forêts de l’Ouest parisien, la forêt de Saint-Germain est une ancienne propriété royale, appartenant désormais à l’État. Elle forme un écosystème complexe, diversifié, marqué par une grande biodiversité. Comme tout être vivant, elle se transforme ! Par exemple, on a pu observer un retour de la grande faune après la tempête de 1999, alors que chevreuils et sangliers avaient disparu au début du XXe siècle. La forêt de Saint-Germain présente aussi une certaine forme de vulnérabilité liée à sa situation au cœur d’un département très urbanisé. Traversée par de nombreuses voies de communication (une nationale Nord-Sud, quatre routes départementales, une voie de chemin de fer Est-Ouest…), elle constitue un espace où l’équilibre entre la nature et l’homme fait constamment l’objet de notre vigilance.

Chasse-t-on encore dans cette forêt ?

M.B. : Lorsqu’elle est encadrée, la pratique de la chasse permet d’arriver à un équilibre écologique en l’absence de prédateurs naturels. Dans la forêt de Saint-Germain, les sangliers constituent notamment un risque sur les voies de circulation et des battues de destruction sont organisées chaque année pour réguler leur présence sur ce territoire. Compte tenu de la complexité de l’espace, seuls des chasseurs professionnels et des forestiers participent à ces battues, qui ont lieu une dizaine de jours entre mi-novembre et fin février. L’autre grand gibier, le chevreuil, est heureusement moins mobile que le sanglier et trouve sa place au cœur de la forêt. Mais si les promeneurs apprécient d’en croiser, les forestiers le jugent parfois encombrant car il mange les jeunes semis

La préservation de la biodiversité, une fonction essentielle de l’ONF ?

M.B. : C’est effectivement notre rôle, qui rejoint une des trois grandes fonctions portées par les forêts. À travers des inventaires, des comptages, nous travaillons à préserver mais aussi enrichir ce merveilleux réservoir de biodiversité. Le sud du massif présente par exemple des terrains argileux, humides, et des mares où diverses formes de batraciens peuvent évoluer. Au nord de la forêt, des oiseaux d’eau s’ébattent au-dessus du grand étang artificiel du Corra. Non loin de là, du côté de La Muette, des espaces ouverts et non boisés, jadis occupés par l’homme, offrent aussi des milieux favorables à d’autres espèces d’oiseaux et d’insectes que l’on cherche à préserver.

L’accueil du public constitue-t-il une menace pour cet équilibre écologique ?

M.B. : C’est là tout l’enjeu de notre travail ! Car l’accueil du public ne date pas d’hier et constitue la deuxième grande fonction de l’espace forestier. La forêt de Saint-Germain est très accessible et reçoit 3 à 4 millions de visites par an. Depuis 20 à 30 ans, la tendance s’accélère : nous avons un véritable besoin, physique et psychique, de nous ressourcer en forêt, et après des épisodes comme le confinement, ce besoin est devenu vital ! Certains empruntent les sentiers de petite ou grande randonnée, d’autres les pistes cavalières ou les chemins pour les VTT. L’association « Saint-Germain Boucles de Seine » s’emploie ainsi à baliser et améliorer le réseau cyclable, sans toutefois goudronner les chemins. Depuis juillet 2019, à la suite d’états généraux de la forêt de Saint-Germain et de Marly, une convention multipartite a été signée avec l’ONF pour garantir le double respect des lieux et des usagers.

La forêt de Saint-Germain est-elle productive ?

M.B. : La troisième fonction des forêts et non la moindre est effectivement de fournir cette matière première ancestrale, le bois. Chaque année, l’accroissement des arbres équivaut à un volume supplémentaire de 14 000 m3 de bois ! Notre travail de sylviculture est donc indispensable, pour permettre notamment la croissance de tous les arbres. Comme toutes les forêts, celle de Saint-Germain est dotée d’un plan de gestion. Établis par les spécialistes de l’ONF et approuvés par le Ministère de l’agriculture, ces documents sont publics et téléchargeables sur notre site. Le bois coupé entre ensuite dans un circuit de transformation, parfois à quelques dizaines de kilomètres de la forêt, comme c’est le cas pour le bois énergie qui alimente la chaufferie de Saint-Germain-en-Laye. L’essentiel du bois est transformé à maximum 200-300 km de là.

En conclusion ?

M.B. : Le challenge de l’ONF est de conjuguer en permanence les trois fonctions de la forêt, parfois antagonistes. Trop de public nuit parfois à la biodiversité ; d’un autre côté, les coupes de bois peuvent déranger le public qui ne comprend pas toujours leur nécessité. Bref, c’est un exercice d’équilibre pour la préservation de notre patrimoine ! Car la forêt de Saint-Germain, royale par excellence (Louis XIV y est né), témoigne de notre histoire : on y parcourt des allées rectilignes destinées jadis à la chasse à courre, on y découvre les murs anciens qui ceinturaient le domaine royal, ou encore les croix (Noailles, Saint-Simon…) rappelant la présence d’illustres visiteurs. Bref, pour ceux qui ne la connaissent pas, c’est une forêt à découvrir !

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